si les siffleux…

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j’ai récemment réalisé que certains de mes amis importés et/ou quarante-/quincagé-/soixante-naires n’avaient aucune idée de ce à quoi faisait référence le titre de ce dévidoir d’incongruités.

« si un siffleux sait siffler, je peux siffler moi aussi! » est un des rares souvenirs que j’ai de passe-partout, cette émission-phare de ma génération que je semble être la seule à avoir détestée — je trouvais passe-partout nounoune, les marionettes laides et la musique in-sup-portable. seul fardoche (un personnage de fermier/homme de la terre) trouvait grâce à mes yeux, et j’avais un peu pitié de passe-montagne, benêt rêveur « pogné » avec deux femelles hystériques…

enfinbonbref, un sketch devenu légendaire mettait en scène le dit passe-montagne en train d’essayer de siffler. on passait de passe-montagne à des images de marmottes, qui sifflotaient sans problème alors que notre homme ne parvenait qu’à crachoter sans émettre un son… ce qui le rendait furieux. « si un siffleux sait siffler, je peux siffler moi aussi!« , répétait-il sans arrêt, enragé, entre deux tentatives. si je me souviens bien, il n’atteignait jamais son but, piquait une sainte colère et était tiré hors-cadre par passe-partout et passe-carreau. (d’ailleurs, comme le mentionne cette blogueuse, on repassera côté pédagogie…)

vous voilà donc dans le coup, chers amis outre-atlantiques et/ou pré-seventies
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à vous maintenant de m’éclairer: comment diantre vous expliquiez-vous le titre de ce blogue sans savoir ce que je viens de vous raconter?!?! si j’en crois les théories hilarantes échaffaudées par certaines de mes fréquentations hexagonales (merci ma bichette), nos amis fouisseurs semblent avoir inspiré certains bijoux d’inventivité… merci de les partager avec curieuse petite moi!

la grande dépression

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étonnamment, un des panels les plus divertissants de mon périple banffesque réunissait quatre individus fort déprimés – des broadcasters, évidemment – autour d’une question ô combien déprimante: “elle est où, l’argent?

cordés sur scène se trouvaient notamment david purdy (le suprenament sympatique) représentant de rogers cable, karin gilford (une transfuge de yahoo passée chez comcast) et mon chouchou du moment, le brillantissime gary carter.

le modérateur a ouvert en demandant aux panelistes ce qui les empêchait de dormir la nuit.

1) purdy a confié faire de l’insomnie en pensant à ce qui allait advenir de leur modèle d’affaires basé sur abonnement. de nombreuses nuits blanches l’auront finalement mené à la conclusion que le salut passerait par un système d’abonnement multiplateforme, avec tarif mensuel qui donnerait accès aux contenus à la télé, sur le web et tutti quanti.

2) c’est la « dévalorisation » de la production qui tient karin gilford éveillée la nuit. produire quelque chose de qualité coûte toujours aussi cher – et ces productions sont aujourd’hui évaluées et consommées de la même façon que des trucs boboches tournés dans des demi sous-sols. ceci déprime beaucoup karin.

3) après avoir répété la question, carter pousse un long soupir et laisse simplement tomber : “what does it mean to be a producer of entertainment in the 21st century?

à mon humble avis, carter pose ici la seule vraie question que nous devons aujourd’hui nous poser. notre réflexe premier est – et c’est parfaitement normal – de tenter de sauver notre peau et de trouver une façon d’arrimer nos vieux modèles à la réalité émergente… mais avant toute chose, ne devrions-pas accepter cette réalité? « tomorrow is now« … à nous de changer.

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gary carter: home run

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rassurez-vous, je ne vous causerai pas balle-molle (NDLR: si un jour je me mets à vous causer balle-molle, repentez-vous et embrassez vos enfants, ce signe méconnu de l’apocalypse est sans appel). ce billet s’attardera plutôt à un homonyme de notre bien-aimé « kid », un visionnaire aussi atypique que brillant que j’ai eu la chance d’entendre à banff. Lire la suite

nurse edie

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ceux qui comme moi étaient des fans-finis des sopranos savent que la vie sans tony, carmela, chris et les autres n’est pas chose facile. ce dont je m’ennuie le plus? les performances de cette brochette d’acteurs exceptionnels, lequels j’imaginais condamnés à rester éternellement identifiés à leurs personas sopraniennes…

hé bien la fabuleuse edie falco a décidé de tenter de nous faire oublier carmela en enfilant les scrubs de nurse jackie, personnage central de la série du même nom lancée sur showtime au début du mois.

entendons-nous de suite: nurse jackie ne joue pas dans’même ligue que les sopranos et autres mad men: c’est une petite demie-heure de « comédie dramatique » sans prétention, plutôt bien foutue, mais qui demeure un truc qu’on oublie deux secondes après l’avoir vu. ceci dit, les deux premiers épisodes sont de bon augure; malgré quelques maladresses (dont certaines ruptures de ton malvenues dans les « b-plot » et une réalisation parfois inutilement esthétisante), les paradoxes de l’héroïne très humaine qu’incarne falco rendent l’ensemble à la fois touchant et caustique. reste à voir si les auteurs sauront éviter les plaques de glace inhérentes à ce genre de combinaison…

TMN (the movie network) nous permet de visionner le premier episode de la série ici.

vous, vous en dites quoi?

post banffum

rentrée sur le macadam samedi, j’avoue avoir un peu de mal à me réadapter à notre air vicié et à l’absence de bestioles. j’avoue également avoir un peu de mal à entamer la digestion de tout ce que j’ai gobé tout rond pendant six jours… si le tri de toutes ces informations, impressions et opinions me prendra encore quelques jours, je crois tout de même en être venue à une conclusion.

en voyant s’agiter tous ces costards-sans-cravates paniqués, désespérés de constater que leurs acquis ne valent plus grand-chose, consternés de ne pas réussir à reproduire les modèles éprouvés et angoissés de n’y rien comprendre, je me suis trouvée chanceuse.

vous l’êtes aussi.

ce que nous vivons est fabuleux. excitant. exaltant. nous avons une chance inouïe comme créateurs, penseurs, facilitateurs. tout est possible. tout est à (ré)inventer. cessons d’avoir peur, cessons d’être nostalgiques, de pleurer la mort « d’un certain cinéma » et de lever le nez sur ce que beaucoup d’entre nous considéraient jusqu’ici une culture du superficiel et de l’instantané sans substance.

ce que nous vivons est fabuleux. excitant. exaltant. nous avons une chance inouïe comme créateurs, penseurs, facilitateurs. nous avons à notre disposition un tout nouveau continent et une pléthore de nouveaux idiomes. à nous de raconter de nouvelles histoires… autrement.
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mad men, mad men, mad men

j’ai malheureusement manqué la séance « view from the top: drama forecast » présentée hier, ayant plutôt choisi d’assister aux pitchs des équipes participant au concours TV360 de téléfilm canada (dont je vous reparlerai).

ce panel réunissait nicolas brown (directeur des dramatiques à la BBC), benjamin davis (AMC), robin gurney (développement à IMAGINE Television), gary marenzi, (co-president, worldwide television, MGM) et francesca orsi (directrice du développement à HBO) autour d’une question: qu’est-ce qui nous attend en télévision?

le fort sympathique créateur de la webtélé « comment survivre aux weekends » olivier aghaby et sa tout aussi sympa collègue catherine pilon ont assisté à ce panel et ont été assez gentils de m’en faire un compte rendu. grosso-modo, personne sait de quoi demain sera fait. certains se risquent à dire que dans le contexte économique actuel, un retour de la comédie est à prévoir… mais les succès de séries comme breaking bad, mad men et southland contredisent cette tendance annoncée.

d’ailleurs, ce prestigieux panel est unanime: la meilleure série du moment, c’est mad men.

bon, me croyez-vous là? ;-)

PS: vous pouvez regarder gratuitement le premier épisode ici.
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renééééé!

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j’ai eu la chance de rencontrer ben « de la vedette » dans ma carrière. pourtant, jusqu’à présent, je n’avais été « starstruck » que deux fois: lorsque j’ai pris un verre avec keren ann et qu’elle m’a présenté darren aronofsky, et lorsque jean-pierre léaud m’a fait le baise-main en me disant que j’étais très jolie (il faisait sombre et il est vieux.)

eh bien hier, j’ai pour la troisième fois de ma vie eu l’air d’une adolescente attardée lorsque j’ai parlé, serré la main et remis ma carte à rené balcer, scénariste, showrunner et producteur exécutif de LAW&ORDER.

je vous ai parlé du « look » hollywoodien de jack bender (ronald moore de battlestar galactica, que j’ai également vu hier, était encore pire…); je me dois de mentionner « l’anti-look hollywoodien » de l’adorable balcer, qui s’est présenté à sa master-class en chaussettes blanches et souliers à bande élastique… je l’aimais déjà.

ce trop sympathique bonhomme (qui a grandi à montréal et dont la langue maternelle est le français!) nous a livré hier avec une humilité incroyable de nombreuses informations, réflexions et anecdotes… et contrairement aux autres « master-class » que j’ai vues jusqu’ici, balcer avait pris la peine de préparer une présentation avec extraits.

il a écrit 180 épisodes de la série (oui, cent quatre vingt), et est de l’aventure depuis le premier jour. « i was working on another series with dick wolf called ‘nasty boys’. the network was convinced that show would be a total hit, and didn’t want to hear about L&O… dick told them that if they wanted ‘nasty boys’ they had to greenlight L&O, and that’s how the show was born. ‘nasty boys’ was quickly cancelled, and i was invited to finish my contract by transferring to law & order. »

j’ai eu du mal à retenir un cri d’émotion lorsqu’il a raconté que son tout premier scénario pour la série avait été inspiré par… la crise d’octobre!!! l’arrestation de sa cousine l’avait marqué: « i was inspired by how in a crisis, a very liberal leader like trudeau could turn into a tyrant. »

d’ailleurs, selon lui le succès de la série tient au fait qu’elle n’est pas un « who dunnit » mais un « why dunnit »: ils développent les scénarios autour des personnages et de comment ils réagissent au côté sombre de la nature humaine plutôt qu’autour du crime lui-même. « in one of the scripts for ‘criminal intent’, il wrote that ‘bad men do what good men dream’ – i think this explains a lot of L&O. »

évidemment, au coeur de ces questionnements est le personnage de jack mccoy. balcer a expliqué comment, après deux décennies, sam waterston est une véritable « incarnation » de mccoy et doit parfois être convaincu lorsque son alter ego a des comportements qu’il ne considère pas cohérents.

j’ai une fois de plus retenu un cri lorsqu’il a expliqué que L&O n’avait pas de bible, et tirait son style de deux longs-métrages: « Z » de costa gavras et « la bataille d’alger » de pontecorvo (un film qui a été crucial dans ma compréhension du cinéma… et de mon père colonialiste!). il a également expliqué qu’après le 11 septembre, une atmosphère de paranoïa, d’angoisse régnait à new-york et qu’il leur fallait ajuster un peu le look de l’émission. ils ont donc subtilement commencé à intégrer des « dirty frames » (cadres décalés, avec des objets en avant-plan, à la « the insider« ) au découpage des épisodes.

trina mcqueen, qui modérait la séance, lui a mentionné que moses znaimer avait déjà dit que « all television is educational » et lui a demandé ce que L&O nous apprenait comme téléspectateurs; balcer a réfléchi un moment: « i think ‘criminal intent’ teaches us empathy. and the ‘mother ship’ (la série originelle) teaches us to never trust authority. »

si je peux me permettre rené… vous nous apprenez aussi comment faire de la &#?@# de bonne télé.

les appendices

appendices
félicitations à marie brissette (productrice) et toute la bande des appendices, série délicieusement décalée de télé-québec, qui s’est retrouvée en nomination pour deux prix aux prestigieux banff tv awards.

s’ils n’ont pas gagné, la nomination en soi est un prix: 250 productions de partout dans le monde avaient été soumises… j’ai croisé jean-françois chagnon (premier à gauche sur la photo) ce matin, qui m’a sorti un truc adorable: « t’sais, c’est quand même assez drôle d’être en nomination contre des gens qui dans leur speech remercient stephen spielberg! »

bien mérité, jf.

perdue

lost

à la demande (pressante) de certain(e)s de mes ami(e)s, j’ai assisté cet après-midi à la « master class » donnée par jack bender, un des créateurs de LOST, série à succès dont, je dois humblement l’avouer, je n’ai vu que des bribes. (je sais, je sais…)

évidemment, j’étais la seule dans ma situation au milieu d’une salle paquetée mur-à-mur de « hard core fans » un peu hystériques. si vous me permettez un jeu-de-mots-poche-de-fin-de-journée-de-douze-heures, j’étions un peu… perdue. (je sais, je sais…)

le bender en question avait tout de l’archétype du réal hollywoodien; cheveux mi-longs savamment en bataille, barbe de trois jours, bracelets en cuir, et, surtout, dégaine du gars « who has the world by the balls ». ceci dit, il s’est avéré plutôt sympathique, bien que la « master class » tenait plus de la conversation anecdotique que de la classe de maître.

j’ai bien entendu eu beaucoup de mal à suivre les références (« remember when john/jack/mona told bob/trevor/max about russ/georges/fred, episode 65?« ) et n’ai pas frémi autant que j’aurai peut-être dû, mais j’ai tout de même appris une coup’d’affaires:

– le pilote de l’émission, réalisé par jj abrams lui-même, fut le plus coûteux de l’histoire de la télévision;

– selon bender, ce pilote dans les mains d’un autre réalisateur aurait sûrement été beaucoup plus dark – selon lui, c’est un tour de force de jj d’avoir réussi à rendre le tout aussi accessible;

– d’ailleurs, le succès du style établi par abrams et développé par bender tient (selon bender…) à la conjugaison de « grandeur » (en anglais) et d’intimité avec les personnages;

– il dit avoir décidé dès le départ ne pas vouloir marquer les flashbacks: « i wanted the characters to still « be » in the life they left behind. »

– ils tournent un épisode en 10 jours – comme la plupart des grandes séries américaines. le rythme auquel ils tournent les obligent parfois à laisser passer certaines choses: « i remember when i worked on the sopranos, david chase had, like, four months to cut an episode. but hey, that’s HBO. (…) TV in general is more like a sketch… the speed at which we have to turn up the episode don’t allow for much trial and error. » il avoue s’être planté à quelques reprises: « the episode ‘the death of echo’ was NOT our finest hour. » (j’espère que vous, vous savez de quoi il parle!);

– au sujet des déclinaisons multiplateformes: « it’s a vital part of storytelling today. It can’t – and shouldn’t – be ignored. »

– au sujet de la relation scénariste/réalisateur: « story should dictate style. the best directors understand this. »

INCH’ALLAH! ;-)

konrad, quand tu nous tiens

je me suis levée aux aurores ce matin pour m’assurer d’avoir une place au très couru petit déjeuner d’ouverture au cours duquel le président du CRTC konrad von finkenstein prononçait une allocution. malheureusement… je n’ai rien compris. monsieur finckenstein a sans aucun doute d’autres nombreuses qualités, mais l’art oratoire n’est pas l’une d’entre elles: entre son accent in-cro-ya-ble, sa propension à marmonner et le fait qu’il n’arrivait pas à lire ses notes (« zere iz no light in ire!« ), peu d’entre nous ont réussi à saisir son propos — j’ai bien vu aux visages contorsionnés/perplexes de mes collègues que je n’étais pas la seule à sortir bredouille du cascade ballroom.

dieu merci, son allocution (écrite!) est sur le site du crtc.

youthography

youthography est une entreprise de recherche démographique spécialisée, comme son nom sans équivoque l’indique, « dans les jeunes« . (duhhh!)

chaque année, ils sondent près de 100 000 jeunes à travers le canada — par jeunes, on entend surtout les 14-34. s’ils se concentrent sur leurs tendances de consommation, la gang de youthography explore aussi leurs habitudes, leurs aspirations et leurs attentes en termes de technologies et de divertissement.

mike farrell nous a tracé hier matin un portrait parfois surprenant de ce « demographic« , déboulonnant au passage certains mythes, confirmant certains clichés et avançant certaines « prédictions ».

en vrac, quelques stats/faits divers qui ont retenu mon attention:

– toujours se rappeler que facebook, google et autres youtube ont été inventés par des moins de 25 ans.

– le groupe des 14-34 remet TOUS les « vieux modèles » (ceux qui ne sont pas issus de leur propre culture) en question, tout le temps, et ce tant au niveau de la religion et du gouvernement qu’au niveau de leur manière de consommer et de se divertir;

– ils sont de plus en plus intéressés et impliqués dans le développement et l’évolution des marques, puisqu’ils y participent activement; si la majorité considère qu’on accorde trop d’importance aux marques (« brands »), ils considèrent tous très important de s’associer à des marques dont ils endossent la philosophie;

– seulement 7% des tweens (9-13) canadiens ne jouent PAS à des jeux videos au moins une heure par semaine. selon farrel, il faut donc arrêter de penser que les jeux sont l’apanage des nerds et mésadaptés: ils sont maintenant affaire de culture de masse.

– si 89% des jeunes sont sur facebook (29% sur myspace) et passent en moyenne 33 minutes quotidiennement sur un réseau social, un phénomène prend de plus en plus d’ampleur: le « social networking burnout« . il semble que de plus en plus de jeunes sont lassés par le côté fastidieux de la gestion des multiples profils, et tournent le dos à facebook et consorts. d’après farrel, cette tendance est à la hausse.

– la portabilité est cruciale: pour eux, c’est what i want, when i want, how i want.

hombres locos

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si vous n’avez pas encore découvert mad men, sachez que je vous envie.

bébé de matt weiner, un des scénaristes des sopranos, la série nous plonge dans le new-york du tournant des années soixante, au coeur d’une agence de pub de madison avenue.

vous qui me connaissez peu, sachez que j’use du « chef-d’oeuvre » avec parcimonie. je suis de ces chialeuses chiantes qui trouvent toujours à redire sur tout.

mad men est un chef-d’oeuvre.

cette série m’a ébaubie. une écriture exceptionnelle au services de thèmes forts et de personnages complexes, un univers fascinant campé avec un mélange de réalisme et de poésie, des comédiens fabuleux (dont l’ô combien sexy john slattery), avec en prime une séquence d’ouverture si jouissive qu’on ne peut s’empêcher de se la retaper douze fois lors de marathons de visionnement…

bref, si vous n’avez pas encore découvert mad men, sachez que vous avez vingt-six heures de gros bonheur sale à portée de DVD.

vous m’en donnerez des nouvelles.

les contes de fées 2.0

lachance

mission accomplie pour bernard lachance, ce sympathique hurluberlu de montmagny qui vend ses billets et ses CDs lui-même: oprah a répondu à son invitation sur youtube et l’a invité sur son plateau. l’émission enregistrée la semaine dernière fut diffusée mardi après-midi — résumé du segment ici — et les joies du télétravail m’ont permis de vivre la chose en en direct.

que de larmes, chers amis, mais que de larmes! dieu sait qu’oprah est une habituée de l’humide, mais là, le nombre de kilolitres de liquide lacrymal déversé pendant les quelques quinze minutes consacrées à lachance dépasse l’entendement.

évidemment, c’était vachement étudié pour.

premier acte: la « surprise ». gayle surprend lachance qui bat le pavé devant le chicago theatre. le pauvre jeune homme se met à dégouliner de partout — et ce, dans tous les sens du terme, passant de l’hystérie à la catatonie en un quart de seconde, à la fois ridicule et touchant: il fige, il saute, il pleure, il crie… déjà, difficile de ne pas être un peu remué (surtout si comme moi vous l’avez vu à tout le monde en parle et trouvé étonnament lucide et groundé. et bon… surtout si comme moi vous braillez devant des pubs d’assurance-vie et si comme moi vous vous allongez une fois par semaine pour en parler.)

deuxième acte: il est en studio avec sa sainteté winfrey. à nouveau on se déverse dans le cadre d’un festival de « dream come true » et de tétage fébrile de lachance qui (bien légitimement, il faut le dire) ne peut pas croire qu’il est là. on en rajoute une couche avec une vidéo montrant ses parents et son parcours téméraire sur fond de john williams — retour en studio, évidemment c’est la fonte des glaciers, même OPRAH BRAILLE! on se resaisit, on rigole, on renifle et on va à la pub, promettant la « première américaine » de bernie en fin d’émission.

et là troisième acte, je vous le donne en mille, il chante… the impossible dream/la quête.

si, si.

on the nose
, vous dites?

de quoi gerber pendant douze jours et douze nuits, je sais.

et pourtant… j’étions scotchée à mon écran et j’avions moi-même l’oeil de moins en mois sec.

vois-je poindre une moue méprisante? un sursaut d’épaule suffisant? ah-han…regardez-moi dans les yeux et dites moi que vous n’avez pas, ne serait-ce qu’un quart de seconde, senti votre petit coeur frétiller quand vous avez vu susan boyle pour la première fois?

eh bien bernie et susan, même combat. ce sont nos contes de fées 2.0.

BEN OUI c’est packagé, manipulé, arrangé. so what? pour moi, cette « gestion de phénomène » est une forme de scénarisation interactive et collective nouvelle, directement issue de son époque. on nous propose une « feel-good-dream-come-true-story », et on embarque. et notre enthousiasme change le cours des choses. PARCEQUE nous sommes allés cliquer, la vie de ma’m boyle va être transformée. PARCEQUE nous sommes allés cliquer, le message de bernie a attiré l’attention de la reine de chicago. un clic, un coup de baguette magique.

BEN OUI c’est gros, sursucré, pourri de bons sentiments… mais en ces temps angoissants, n’est-ce pas normal que collectivement on se raconte des histoires guimauves? ne croyez vous pas que si nous n’en n’avions pas tant besoin il y a belle lurette qu’on aurait déterré que genre boyle se la joue sado-maso dans son sous-sol?

on a besoin de croire à cendrillon en ce moment, je pense.

hope. change. et en attendant, collective dillusion.